L’amour ne guérit pas nos blessures.
Il les révèle 2/2
Le piège du « tout vient de moi »
Mais cette prise de conscience possède un piège.
Et il est énorme.
Celui de commencer à tout expliquer par nos blessures.
« C’est ma peur de l’abandon. »
« C’est mon manque de confiance. »
« C’est mon passé. »
« Je dois travailler sur moi. »
Très bien.
Parfois, c’est vrai.
Notre histoire amplifie réellement certaines réactions. Mais parfois aussi… quelqu’un nous fait réellement du mal.
Et apprendre à connaître nos blessures ne signifie surtout pas devenir capable de tout supporter avec un sourire éclairé.
Si quelqu’un ment régulièrement, le problème n’est pas nécessairement ton manque de confiance.
S’il humilie, ce n’est pas forcément ta sensibilité.
S’il franchit systématiquement tes limites, le sujet n’est pas uniquement ton enfance.
S’il te fait douter en permanence de ce que tu vois, de ce que tu ressens ou de ce que tu as entendu, tu n’as pas forcément besoin d’aller méditer vingt minutes pour comprendre pourquoi cela te perturbe.
Parfois, quelque chose ne va simplement pas.
Le travail sur soi ne doit jamais devenir une manière sophistiquée de nier la réalité.
Et je crois que c’est l’une des distinctions les plus difficiles à apprendre : faire la différence entre ce que l’autre crée et ce qu’il réveille.
Ce que tu fais.
Ce que ça réveille en moi.
Prenons un exemple très simple.
L’autre ne répond pas pendant trois heures.
Que se passe-t-il ?
Peut-être absolument rien.
Il travaille.
Il conduit.
Son téléphone est dans une autre pièce.
Dans ce cas, la panique qui monte peut effectivement raconter quelque chose de mon histoire.
Mais peut-être aussi qu’il avait promis de prévenir.
Qu’il sait que nous traversons une période fragile.
Qu’il disparaît régulièrement après chaque conflit.
Qu’il a déjà menti sur ce qu’il faisait pendant ces silences.
Dans ce cas, mon passé n’est plus le seul élément du décor.
Le présent participe lui aussi à mon insécurité.
Et très souvent, c’est encore plus compliqué.
Parce que les deux existent.
L’autre fait quelque chose qui me blesse réellement.
Et cette blessure vient en plus réveiller une ancienne peur.
Alors l’émotion devient gigantesque.
Et nous voilà en train d’essayer de démêler une pelote qui mélange aujourd’hui, hier, lui, moi, notre relation et trois générations de réflexes familiaux.
Ambiance.
Pourtant, cette question peut changer énormément de choses : « Qu’est-ce qui vient de toi ? Qu’est-ce qui vient de moi ? Et qu’est-ce qui vient de ce que nous sommes en train de construire ensemble ? »
Quand l’autre cesse d’être l’ennemi
Je crois que c’est ici que l’amour peut devenir réellement intéressant.
Pas lorsqu’il nous guérit miraculeusement.
Mais lorsqu’il crée suffisamment de sécurité pour que deux personnes puissent regarder ce qui se passe sans immédiatement entrer en guerre.
Lorsque je peux dire :
« Ce que tu viens de faire m’a blessée. »
Et que l’autre ne répond pas automatiquement :
« Tu exagères. »
Ou :
« Ce n’était pas mon intention. »
Ou encore :
« De toute façon, toi aussi… »
Mais qu’il est capable de demander :
« Qu’est-ce que ça t’a fait vivre ? »
Et inversement.
Lorsque je peux sentir une émotion immense monter en moi et réussir, parfois, à reconnaître :
« Là, je sais que ce que je ressens est très fort. Et je sais que tout ne vient probablement pas de toi. »
Ça change la position de chacun.
Le conflit n’est plus forcément : toi contre moi.
Il peut devenir : toi et moi face à ce qui est en train de se passer entre nous.
Je trouve cette nuance magnifique.
Mais elle demande une responsabilité immense.
Aimer quelqu’un oblige parfois à rencontrer des parties de nous que nous évitions
Pourquoi ai-je autant peur de perdre l’autre ?
Pourquoi ai-je besoin d’être rassurée encore et encore ?
Pourquoi est-ce que je me ferme lorsque quelqu’un s’approche trop ?
Pourquoi est-ce que je fuis lorsque la relation devient sérieuse ?
Pourquoi est-ce que je contrôle ?
Pourquoi est-ce que je teste l’amour de l’autre ?
Pourquoi est-ce que je cherche parfois une preuve qu’il va m’abandonner ?
Pourquoi est-ce que j’accepte l’inacceptable simplement parce que la perspective qu’il parte me paraît pire ?
Pourquoi est-ce que je menace de partir alors que, derrière cette menace, ce que je voudrais parfois réellement entendre est :
« Reste. »
Ce ne sont pas des questions très romantiques.
Pas de pétales de roses.
Pas de violons.
Pas de dîner aux chandelles.
Et pourtant, aujourd’hui, elles font partie de ma définition du romantisme.
Parce qu’il y a quelque chose de profondément amoureux dans le fait d’avoir envie de comprendre ce qui, en nous, pourrait détruire ce que nous essayons de construire.
Pas pour devenir parfaits.
Pas pour ne plus jamais réagir.
Mais pour cesser de conduire les yeux fermés en accusant systématiquement l’autre lorsque nous heurtons un mur.
L’amour allume parfois la lumière là où nous préférions l’obscurité
Je ne crois plus que l’amour soit cet endroit magique dans lequel nos blessures disparaissent.
Je crois parfois exactement l’inverse.
L’amour éclaire.
Il ouvre certaines portes.
Il allume la lumière dans des pièces que nous avions soigneusement laissées fermées.
Et forcément, ce que nous découvrons à l’intérieur n’est pas toujours très flatteur.
Notre peur de ne pas être assez.
Notre besoin d’être choisis.
Notre jalousie.
Nos dépendances.
Notre besoin de contrôler pour nous sentir en sécurité.
Notre tendance à fuir.
À attaquer.
À nous taire.
À tester.
À provoquer.
À nous abandonner nous-mêmes pour que l’autre ne nous abandonne surtout pas.
Pas exactement le décor de comédie romantique que l’on nous avait vendu.
Et pourtant.
Peut-être que le cadeau de certains amours se trouve précisément là.
Pas dans le fait que quelqu’un vienne réparer notre enfance.
Mais dans le fait que cette relation nous permette enfin de voir ce que cette enfance a laissé en nous.
Ton partenaire n’est pas ton réparateur officiel
Il existe une attente très séduisante dans certaines relations.
Trouver enfin quelqu’un qui nous aime suffisamment pour que nous n’ayons plus peur.
Quelqu’un d’assez rassurant pour effacer notre peur de l’abandon.
D’assez présent pour combler notre manque.
D’assez amoureux pour nous convaincre définitivement que nous sommes dignes d’être aimés.
Ce serait pratique.
Mais ce serait aussi une responsabilité immense à déposer sur les épaules de quelqu’un.
Parce qu’aucun partenaire ne pourra garantir :
« Tu n’auras plus jamais peur. »
Il peut nous rassurer.
Être cohérent.
Respecter nos limites.
Faire preuve de patience.
Prendre soin de certaines fragilités.
Il doit même le faire lorsqu’il choisit de construire avec nous.
Mais il ne peut pas passer sa vie à contourner chacune de nos blessures pour éviter qu’elles existent.
À un moment, quelque chose nous appartient.
Et je crois que c’est là que l’on commence réellement à grandir dans notre manière d’aimer.
Lorsque nous cessons progressivement de demander :
« Comment peux-tu faire pour que je n’aie plus jamais peur ? »
et que nous commençons aussi à nous demander :
« Comment puis-je prendre soin de la partie de moi qui a peur ? »
Ne plus demander à l’amour
de nous sauver
Peut-être qu’alors quelque chose change.
Nous n’aimons plus quelqu’un pour qu’il nous sauve.
Nous l’aimons parce que nous avons envie de partager notre vie avec lui.
Nous ne lui demandons plus de réparer tous nos manques.
Nous lui demandons de respecter nos blessures pendant que nous apprenons à en prendre soin.
Et nous faisons la même chose pour les siennes.
Cela ne veut pas dire devenir totalement autonome émotionnellement au point de n’avoir besoin de personne.
Je n’y crois pas non plus.
Nous avons besoin les uns des autres.
Nous avons besoin d’être rassurés parfois.
Soutenus.
Regardés.
Pris dans les bras.
Entendus.
Nous avons besoin de pouvoir déposer une fragilité chez l’autre sans qu’il l’utilise contre nous.
Mais il existe une différence immense entre dire :
« Aide-moi à traverser cette peur »
et :
« Fais disparaître cette peur à ma place. »
Entre :
« Rassure-moi aujourd’hui »
et :
« Organise désormais toute ta vie pour que je ne sois jamais insécurisée. »
L’un crée du lien.
L’autre finit souvent par créer une prison.
Ne plus demander à l’amour
de nous sauver
Alors non.
Je ne crois plus que l’amour guérisse tout.
Je trouve même cette idée un peu injuste.
Parce qu’elle transforme parfois notre partenaire en médecin d’urgence permanent de blessures qu’il n’a pas créées.
Mais je crois profondément que certains amours peuvent devenir de merveilleux révélateurs.
Ils nous montrent où nous avons encore peur.
Où nous nous abandonnons nous-mêmes.
Où nous confondons aimer et retenir.
Où nous demandons à quelqu’un de réparer ce que nous n’avons jamais osé regarder.
Ils peuvent aussi nous montrer ce que nous n’accepterons plus.
Nos limites.
Nos besoins.
Les endroits où nous devons apprendre à nous respecter davantage.
Et parfois, lorsque deux personnes acceptent de regarder tout cela avec suffisamment d’humilité, de responsabilité et de tendresse, quelque chose de très beau devient possible.
Pas une relation sans blessures.
Pas une relation dans laquelle plus rien ne fait jamais peur.
Une relation dans laquelle chacun peut progressivement reconnaître les siennes.
Les nommer.
Les respecter.
Et apprendre à ne plus les laisser décider de tout.
C’est peut-être ça, finalement, l’une des formes les plus adultes de l’amour.
Ne plus demander à l’autre :
« Guéris-moi. »
Mais pouvoir lui dire :
« Regarde. C’est ici que j’ai encore mal. »
Et rencontrer quelqu’un capable de répondre :
« Je vois. Je ferai attention à cet endroit. Mais je marcherai à côté de toi pendant que tu apprends à en prendre soin. »
Je crois que beaucoup de mes romans sont nés de cette recherche-là.
Comprendre pourquoi certaines personnes viennent réveiller en nous des choses que nous pensions réglées depuis longtemps.
Comprendre pourquoi l’amour peut être à la fois l’un des endroits où nous nous sentons le plus vivants… et celui où nous nous retrouvons parfois le plus vulnérables.
Si ces mots font écho à quelque chose de ton histoire, je t’invite à découvrir La Thérapie par le Rire.
Parce qu’entre ses pages, l’amour ne vient pas sauver les personnages. Il les oblige surtout à se rencontrer.
Dans le cadre de ma présence au Congrès « C’est quoi l’amour », découvrez une série d’article sur mon site internet
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