L’amour ne guérit pas nos blessures.
Il les révèle 1/2
On aimerait croire qu’aimer quelqu’un nous apaise. Que l’amour ferme les vieilles plaies, rassure les peurs et remet un peu d’ordre dans tout ce qui tremble encore en nous. Mais parfois, c’est exactement l’inverse qui se produit. Plus quelqu’un devient important, plus il éclaire les endroits que nous avions réussi à éviter jusque-là.
J’ai longtemps pensé que l’amour devait faire du bien.
Cela paraît assez logique, finalement.
Si quelqu’un nous aime vraiment, nous devrions nous sentir rassurés.
En sécurité.
Choisis.
Importants.
Nous devrions moins avoir peur.
Moins douter.
Moins nous demander si l’autre va partir.
Moins avoir besoin de vérifier que tout va bien.
Moins imaginer le pire au moindre changement de ton.
Bref.
L’amour était censé arranger un peu le bazar.
Et puis j’ai aimé.
Vraiment aimé.
Pas cet amour confortable qui reste bien rangé à sa place.
Celui qui prend de la place.
Celui qui rend l’autre important.
Celui qui transforme une simple personne en quelqu’un dont l’absence pourrait réellement faire mal.
Et j’ai découvert quelque chose d’assez déroutant.
Plus quelqu’un devient important pour nous, plus il devient capable de réveiller les endroits les plus fragiles en nous.
Nous n’avons peur de perdre
que ce qui compte
C’est presque mathématique.
Nous ne craignons pas l’abandon de quelqu’un dont le départ nous laisserait parfaitement indifférents.
Nous ne paniquons pas devant le silence de quelqu’un dont nous n’attendions rien.
Nous ne sommes pas terrifiés à l’idée de ne plus être choisis lorsque nous n’avons rien déposé entre les mains de l’autre.
C’est lorsque nous aimons que nous devenons vulnérables.
Et cette vulnérabilité a parfois une mémoire étonnamment précise.
Il suffit alors de très peu.
Un message qui reste sans réponse plus longtemps que d’habitude.
Une soirée pendant laquelle l’autre semble ailleurs.
Un téléphone posé face contre table.
Un regard que l’on surprend.
Une distance inhabituelle.
Une promesse oubliée.
Un mensonge.
Une phrase maladroite.
Et soudain, la réaction paraît immense par rapport à ce qui vient de se passer.
On sent le ventre se nouer.
Le cerveau part à toute vitesse.
On analyse.
On interprète.
On anticipe.
Et quelque part, une petite cellule d’enquête ouvre officiellement le dossier.
Merci le cerveau.
Sauf que ce n’est parfois pas seulement la femme adulte que nous sommes aujourd’hui qui réagit.
Quelque chose de beaucoup plus ancien vient de se réveiller.
Nous n’avons peur de perdre
que ce qui compte
Nous grandissons.
Nous changeons de maison.
De travail.
De coupe de cheveux.
Nous remplissons des déclarations d’impôts et prenons des rendez-vous chez le dentiste comme des adultes parfaitement fonctionnels.
Mais certaines parties de nous restent assises exactement là où elles ont été blessées.
L’enfant qui n’a pas été suffisamment rassuré.
Celui qui a appris qu’il fallait être sage pour être aimé.
Celui qui s’est demandé pourquoi papa était parti.
Pourquoi maman n’était jamais vraiment disponible.
Pourquoi il fallait mériter l’attention.
Pourquoi l’affection pouvait arriver puis disparaître sans prévenir.
Pourquoi il fallait parfois faire beaucoup de bruit pour être vu.
Ou au contraire devenir très discret pour ne déranger personne.
Ces choses-là ne disparaissent pas automatiquement le jour de nos dix-huit ans.
Elles apprennent simplement à porter des vêtements d’adulte.
Puis elles attendent.
Parfois pendant vingt ans. Trente ans. Quarante ans.
Jusqu’à ce qu’une relation suffisamment importante vienne toucher exactement au bon endroit.
Et là, tout remonte.
Nous ne nous disputons pas toujours
à propos de ce que nous croyons
C’est peut-être ce qui m’a le plus fascinée lorsque j’ai commencé à regarder mes relations autrement.
Nous croyons parfois nous disputer à propos d’un téléphone posé face contre table.
Mais derrière la question :
« Pourquoi tu as retourné ton téléphone ? »
une autre demande est peut-être en train de hurler :
« Est-ce que je peux vraiment te faire confiance ? »
Nous croyons nous disputer parce que l’autre veut sortir sans nous.
Mais ce que quelque chose en nous entend peut être :
« Est-ce que je compte encore lorsque je ne suis pas là ? »
Nous croyons nous disputer à propos d’un silence.
Trois heures sans message.
Une soirée entière avec quelqu’un de distant.
Et derrière cette irritation se cache peut-être une peur beaucoup plus ancienne : « Est-ce que tu vas m’abandonner ? »
À l’inverse, quelqu’un peut se sentir étouffé par une demande de proximité apparemment anodine.
Et derrière :
« J’ai besoin d’être un peu seul »
se cache peut-être :
« Est-ce que je peux être moi sans perdre ton amour ? »
C’est vertigineux. Parce qu’à partir de là, les conflits prennent une autre dimension.
Il y a ce qui se passe aujourd’hui.
Et il y a tout ce que ce qui se passe aujourd’hui vient réveiller.
Dans le cadre de ma présence au Congrès « C’est quoi l’amour », découvrez une série d’article sur mon site internet