ET SI L’EGO AVAIT FINI PAR DEVENIR
L’ENNEMI DE L’HOMME ?
Je me suis longtemps méfiée de l’ego des autres.
De celui qui parle fort, qui coupe, qui gonfle le torse.
De celui qui ne doute jamais. Qui veut briller. Dominer.
Et puis un jour, j’ai compris que le mien, plus discret, n’était pas plus tendre.
Il ne cherchait pas à écraser, mais à plaire, à réussir, à être irréprochable.
Il ne criait pas, non. Il souriait, il rassurait, il en faisait toujours trop.
Mais au fond, c’était le même moteur : la peur d’être remis en question. De ne pas suffire. De ne pas exister.
L’ego, pourtant, n’est pas notre ennemi.
Il a été notre allié, à un moment donné.
Il nous a protégés, construits, affirmés.
C’est lui qui nous a donné une forme, une identité, une structure intérieure dans les tempêtes de l’enfance ou du monde.
Il a sauvé des vies. La mienne aussi, sûrement.
Mais voilà le paradoxe : ce qui nous sauve à un moment peut finir par nous enfermer si on le laisse régner.
L’ego est censé être une passerelle vers le monde, pas un mur.
Et pourtant aujourd’hui, il est devenu cloison.
Entre nous et les autres.
Entre nous et nous-mêmes.
Dans cette société de performance, d’apparence et de comparaison permanente, l’ego a pris toute la place.
Sur les réseaux sociaux, dans la sphère publique, dans nos interactions quotidiennes…
On se met en scène, on se vend, on cherche à plaire, à impressionner, à contrôler l’image.
L’ego, à force d’être flatté, est devenu tyran.
Et le problème, ce n’est pas lui.
C’est que nous l’avons oublié à sa place.
Nous en avons fait un roi, au lieu d’un serviteur.
Et si l’ego avait fini par devenir l’ennemi de l’homme… parce qu’il l’a coupé de lui-même ?
De sa vulnérabilité.
De sa vérité.
De sa tendresse.
De son humanité.
L’ego, à sa juste place, est une boussole.
Il nous permet de dire non. De nous affirmer. D’agir.
Mais dès qu’il devient l’unique voix, il nous coupe des autres.
Il nous pousse à prouver au lieu de rencontrer.
À convaincre au lieu d’écouter.
À nous défendre au lieu de nous relier.
Je n’ai pas envie d’écraser mon ego.
Je veux simplement le remettre à sa place.
Qu’il cesse de gouverner mes réactions, mes relations, mes ambitions.
Qu’il soit là, oui, mais en arrière-plan.
Un repère, pas un maître.
Parce que l’ego, quand il est apaisé, laisse enfin la place à l’authenticité, à la paix, et à la rencontre.