Pardon maman,
je préfère papa
« Pardon maman, mais je préfère Cette phrase, mon fils de 8 ans me l’a dite un jour.
Avec une hésitation.
Avec un “pardon” déjà bien installé.
Et c’est ça qui m’a frappée.
Pas le “je préfère papa”.
Le “pardon”.
Comme si ressentir devait déjà être excusé.
À cet instant-là, j’ai compris que quelque chose de beaucoup plus grand était en train de se jouer.
Pas dans mon ego de mère.
Dans son monde à lui.
Pas une question de préférence.
Une question de construction intérieure.
Un enfant, face à ce type de situation, apprend très vite deux choses possibles :
- Se couper de ce qu’il ressent pour ne pas blesser
- Ou s’autoriser à être vrai, même quand c’est inconfortable
On pourrait croire que ce genre de phrase est anodine.
Mais dans un contexte où aujourd’hui plus d’un couple sur deux est séparé, elle prend une autre dimension.
L’enfant ne vit plus dans une continuité.
Il navigue.
Une semaine chez l’un.
Une semaine chez l’autre.
Il ressent.
Il compare.
Il observe.
Et surtout… il interprète.
Alors il fait ce que font tous les enfants.
Il simplifie.
« Je préfère papa. »
Ou l’inverse.
Mais ce qu’il exprime n’est pas une vérité absolue.
C’est souvent une photographie émotionnelle à un instant T.
« Là, j’ai besoin de ça »
« Là, ça me manque »
« Là, je me sens plus en lien ici »
Le danger, ce n’est pas ce qu’il dit.
C’est ce que nous, adultes, projetons dessus.
Parce qu’on peut très vite transformer ça en :
- rivalité silencieuse
- blessure personnelle
- compétition affective
Alors que ce n’est pas du tout le sujet.
Ce n’est pas une compétition.
C’est une navigation émotionnelle.
Nos enfants deviennent, malgré eux, de véritables équilibristes.
Ils passent d’un univers à l’autre, d’un rythme à un autre, d’un lien à un autre.
Et dans tout ça, ils cherchent à rester alignés… comme ils peuvent.
Ce jour-là, je lui ai simplement répondu :
« Mon amour, ne t’excuse jamais de ressentir. On ne contrôle pas ce que l’on ressent. C’est ce qu’on en fait qui va déterminer l’humain que nous sommes. »
Parce que le vrai enjeu n’est pas qu’un enfant préfère un parent à un moment donné.
Le vrai enjeu, c’est qu’il n’apprenne pas à taire ce qu’il ressent pour protéger les autres.
Car c’est exactement comme ça que naissent, plus tard, des adultes qui :
- s’oublient
- n’osent plus dire ce qu’ils ressentent
- s’adaptent en permanence
- finissent par ne plus savoir ce qu’ils veulent vraiment
En tant que parent (et au-delà, en tant qu’humain), la vraie question est peut-être celle-ci :
Est-ce que je préfère être aimé ou élever quelqu’un de libre intérieurement ?
Parce qu’au fond, ce que j’ai envie de lui transmettre, ce n’est pas de me choisir.
C’est de ne jamais avoir à choisir entre ce qu’il ressent et l’amour qu’il porte aux autres.
Et si ce sujet vous parle, ce n’est probablement pas un hasard.
Parce que derrière les mots des enfants… il y a souvent les silences des adultes…