C'est quoi l'Amour
pour vous ? 1/3
J’ai toujours aimé l’amour. Le grand. Le vibrant. Celui qui dérègle les nuits, bouscule les plans et donne envie de croire que cette fois, peut-être, quelque chose d’unique est en train de naître. Mais avec les années, j’ai compris que l’amour ne se mesure pas seulement à ce que l’on ressent. Il se mesure aussi à ce que l’on sait construire autour.
Je suis une amoureuse de l’amour.
Depuis toujours.
Pas à moitié.
J’aime les débuts qui donnent des papillons dans le ventre.
Les messages que l’on relit inutilement alors qu’on les connaît déjà presque par cœur.
Les conversations qui commencent à vingt-deux heures et se terminent à trois heures du matin.
Les kilomètres que l’on trouve soudain parfaitement raisonnables.
Les projets qui apparaissent un peu trop vite dans un coin de notre tête.
Les regards qui semblent dire davantage que les phrases.
J’aime l’amour qui bouleverse.
Celui qui fait battre le cœur un peu plus vite.
Celui qui donne envie de croire que, cette fois, on a rencontré quelqu’un avec qui inventer quelque chose qui n’appartiendra qu’à nous.
Et pendant longtemps, j’ai pensé que cela suffisait.
Que lorsque l’amour était assez grand, assez fort, assez évident, il finirait par arranger le reste.
Les peurs.
Les différences.
Les maladresses.
Les blessures.
Les incompréhensions.
Après tout, si on s’aime vraiment, on doit pouvoir tout traverser, non ?
J’ai longtemps cru ça.
Puis j’ai aimé.
J’ai été aimée.
J’ai construit.
J’ai perdu.
J’ai recommencé.
Et j’ai fini par comprendre quelque chose de beaucoup moins romantique.
Mais infiniment plus vrai.
Aimer très fort ne suffit pas.
On peut aimer sincèrement et se faire énormément de mal
C’est probablement l’une des plus grandes désillusions de ma vie d’amoureuse.
Deux personnes peuvent s’aimer profondément… et pourtant passer leur temps à se blesser.
Pas forcément parce qu’elles sont mauvaises l’une pour l’autre.
Pas forcément parce que leur amour est faux.
Parfois simplement parce qu’elles ne savent pas encore comment s’aimer sans laisser leurs blessures prendre toute la place.
On peut aimer quelqu’un et lui mentir.
L’aimer et avoir peur de lui dire la vérité.
L’aimer et devenir jaloux.
L’aimer et vouloir le contrôler.
L’aimer et prendre ses silences pour du rejet.
L’aimer et fuir chaque fois qu’un conflit devient trop intense.
L’aimer et attendre inconsciemment de lui qu’il répare quelque chose qu’il n’a jamais cassé.
C’est là que l’amour devient beaucoup plus intéressant qu’une comédie romantique.
Parce que lorsque nous entrons dans une histoire, nous n’y entrons jamais seuls.
Nous arrivons accompagnés.
Et parfois, il y a beaucoup de monde.
Nous arrivons avec notre enfance dans les bagages
Nous arrivons avec la manière dont nous avons été aimés. Ou pas assez.
Avec les bras dans lesquels nous avons pu nous réfugier.
Et ceux qui ont manqué.
Avec la façon dont nos parents se parlaient.
Avec leurs disputes.
Leurs silences.
Leurs séparations.
Leur façon de demander pardon.
Ou de ne jamais le faire.
Nous arrivons avec ce que nous avons compris, enfant, de ce qu’il fallait faire pour être aimé.
Être sage.
Être drôle.
Ne pas déranger.
Réussir.
Prendre soin des autres.
Se faire tout petit.
Ou au contraire faire énormément de bruit pour être enfin remarqué.
Nous apprenons très tôt ce qui semble nécessaire pour recevoir de l’attention, de la sécurité, de la reconnaissance ou de l’affection.
Puis nous grandissons.
Et un jour, quelqu’un entre dans notre vie.
Nous tombons amoureux.
Et tout ce petit monde intérieur monte dans la voiture avec nous.
Sans même payer sa place.
Merci.
Alors nous appelons parfois cela notre caractère.
« Je suis jalouse. »
« Je suis indépendant. »
« Je déteste les conflits. »
« J’ai besoin d’être rassurée. »
« Je suis comme ça. »
Peut-être.
Mais parfois, ce sont aussi de vieux mécanismes de protection qui continuent simplement à conduire notre vie d’adulte.
Nous arrivons avec notre enfance dans les bagages
Longtemps, j’ai cru qu’une belle histoire d’amour dépendait essentiellement d’une chose : rencontrer la bonne personne.
La fameuse.
Celle avec qui tout devient évident.
Celle avec qui l’amour serait tellement naturel que nos peurs se tairaient d’elles-mêmes.
Aujourd’hui, je crois autre chose.
Une belle histoire commence peut-être lorsque nous rencontrons quelqu’un avec qui nous avons envie de construire.
Mais elle commence aussi lorsque nous décidons de devenir nous-mêmes une personne capable d’aimer autrement.
Et ça demande du travail.
Je sais.
Rien que le mot donne presque envie de refermer l’article.
On nous avait promis des papillons, pas un chantier intérieur.
Pourtant, je ne parle pas de ce travail triste qui consisterait à devenir parfaitement guéri, parfaitement équilibré et émotionnellement irréprochable avant d’avoir le droit d’aimer quelqu’un.
Personne n’arrive terminé dans une relation.
Heureusement.
Ce serait d’un ennui.
Nous arrivons tous avec nos fragilités.
Nos contradictions.
Nos vieux réflexes.
Nos endroits encore sensibles.
Mais il me paraît difficile d’être véritablement heureux à deux si nous demandons inconsciemment à l’autre de porter seul la responsabilité de tout cela.
Dans le cadre de ma présence au Congrès « C’est quoi l’amour », découvrez une série d’article sur mon site internet.
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