Pourquoi L’amour ne suffit pas 2/2

Gagner la dispute, perdre la relation

Il y a des disputes dans lesquelles on ne cherche plus vraiment à comprendre ce qui vient de se passer.

On cherche les preuves.
« Oui, mais toi, la semaine dernière… »
« Ce n’est pas ce que tu avais dit. »
« Attends, j’ai le message. »

Et nous voilà à faire défiler une conversation vieille de six mois pour produire la pièce à conviction numéro 17.

J’exagère à peine.
Le couple devient un tribunal.
Chacun défend sa version.
Chacun compte les fautes.
Chacun attend que l’autre reconnaisse enfin qu’il a tort.
Et parfois, on gagne.

L’autre finit par dire :
« D’accord. Tu as raison. »
Victoire.

Sauf qu’il est désormais deux heures du matin, que personne ne se regarde et que l’on dort chacun au bord du matelas.

Il y a des victoires assez médiocres.

Parce qu’à la fin, celui qui gagne la dispute peut parfaitement perdre la relation.

Aimer demande parfois quelque chose de beaucoup plus difficile que d’avoir raison.

Chercher à comprendre.

Pourquoi cette phrase a-t-elle provoqué une telle réaction ?
Pourquoi cette situation me fait-elle aussi peur ?
Qu’est-ce que l’autre essaie maladroitement de me dire derrière sa colère ?

Et surtout :

« Qu’est-ce qui m’appartient dans ce conflit ? »

Cette question est inconfortable.
Notre ego préfère généralement la précédente : « Qui a commencé ? »

Mais elle change tout.

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L’intention ne suffit pas non plus

Il existe une phrase que nous prononçons souvent lorsque nous avons blessé quelqu’un :
« Mais ce n’était pas mon intention. »

Et c’est peut-être vrai.
L’intention compte.
Évidemment.
Mais l’impact aussi.

Si je te marche sur le pied sans le vouloir, ton pied ne cesse pas miraculeusement d’avoir mal parce que je n’avais aucune intention malveillante.

Dans une relation, c’est pareil.

Reconnaître la douleur de l’autre ne signifie pas accepter une culpabilité qui ne nous appartient pas.

Cela signifie simplement être capable de dire :
« Je n’ai pas voulu te faire vivre ça. Mais je vois que c’est ce que tu as vécu. »

Et parfois, cette phrase répare beaucoup plus que cinquante minutes d’explications.
Parce qu’aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement lui expliquer ce que nous voulions faire.
C’est aussi être capable de regarder ce que nous avons réellement provoqué.

Non, tout ne vient pas de l’autre

Évidemment, il existe l’autre versant.

Parce qu’il serait très confortable de considérer que toutes nos réactions sont simplement provoquées par notre partenaire.

Il fait ceci.
Donc je ressens cela.
Elle dit ça.
Donc je réagis comme ça.

Sauf que parfois, la personne qui partage notre vie ne fait qu’appuyer sur un bouton installé bien avant son arrivée.

Elle n’a pas créé la blessure.
Elle vient de la réveiller.
Et ça change beaucoup de choses.
Parce que notre partenaire peut nous rassurer.
Nous écouter.
Faire attention.
Modifier certains comportements.

Mais il ne pourra jamais devenir le service après-vente de toute notre enfance.
Et je crois que l’amour adulte commence aussi ici.

Lorsque nous sommes capables de différencier :
ce que l’autre me fait
de
ce que ce qu’il fait réveille en moi.

Parfois, les deux existent en même temps.

Et c’est précisément ce qui rend les relations humaines si simples.
Pardon. Si compliquées.

Mais aimer ne signifie pas tout accepter

Dire que l’amour ne suffit pas pourrait facilement devenir une nouvelle injonction : « Il faut travailler sur son couple. »

Toujours.
Encore.
Plus fort.
Non.

Certaines histoires doivent se terminer.
Même lorsqu’il reste de l’amour.

Parce qu’il existe des comportements que les sentiments ne peuvent pas compenser.

Le mépris.
La violence.
La manipulation.
Les mensonges répétés.
L’absence totale de remise en question.

On peut aimer quelqu’un et devoir partir.

Cette phrase m’a longtemps semblé contradictoire.
Elle ne l’est plus.
Parce que ressentir de l’amour pour quelqu’un ne garantit absolument pas que nous soyons capables de construire une vie saine ensemble.

Et peut-être que devenir adulte en amour, c’est aussi cesser de prendre l’intensité de nos sentiments comme unique preuve que nous devons rester.

Parfois, aimer ne suffit pas.
Et travailler sur soi non plus.
Il faut être deux.

Alors, qu’est-ce qui fait tenir une histoire ?

Je ne crois pas avoir de formule.

Et je me méfierais probablement de quelqu’un qui prétendrait en avoir une.

Mais je crois de moins en moins que les couples solides sont ceux qui ont eu la chance extraordinaire de rencontrer « la bonne personne » et qui vivent depuis dans une harmonie permanente entre petits-déjeuners au lit et couchers de soleil.

Je crois davantage aux personnes qui apprennent.
Celles qui savent revenir après une dispute.
Celles qui peuvent reconnaître :

« Là, j’ai eu tort. »

Celles qui comprennent qu’une excuse sans changement finit par ne plus vouloir dire grand-chose.
Celles qui savent poser des limites.

Celles qui apprennent à ne pas faire payer à l’autre chaque blessure de leur passé.

Celles qui cessent progressivement de demander uniquement :
« Est-ce que tu m’aimes ? »

pour commencer à se demander :

« Est-ce que la manière dont nous nous aimons nous fait du bien ? »
Je crois que cette question change énormément de choses.

Parce qu’au fond, ce n’est peut-être pas la quantité d’amour qui détermine la solidité d’une histoire.

C’est ce que deux personnes savent construire autour de cet amour.

Les papillons ne construisent pas une maison

Alors oui.

Je continuerai probablement toute ma vie à croire aux grandes histoires.

Aux rencontres improbables.
Aux regards qui changent quelque chose.
Aux papillons dans le ventre.
À cette sensation absolument irrationnelle de reconnaître quelqu’un que l’on connaît pourtant à peine.

Je suis beaucoup trop amoureuse de l’amour pour renoncer à tout cela.

Et heureusement.

Je n’ai aucune envie de transformer l’amour en tableau Excel avec une colonne « communication », une colonne « confiance » et un graphique trimestriel de satisfaction conjugale.

Je veux encore être bouleversée.
Surprise.
Émue.

Je veux croire à cette chose étrange qui fait qu’au milieu de milliards d’êtres humains, une personne prend soudain une place différente de toutes les autres.

Mais aujourd’hui, je sais aussi quelque chose que j’ignorais autrefois.

Les papillons ne construisent pas une maison.
Ils peuvent nous donner envie de choisir le terrain.
De rêver aux fenêtres.
D’imaginer la vie à l’intérieur.
Mais ensuite, il faut construire.

Poser les fondations.
Apprendre où chacun veut une porte.
Accepter que l’autre n’ait pas exactement les mêmes plans.
Réparer les fissures lorsqu’elles apparaissent.
Parfois refaire un mur que l’on avait mal monté.

Et surtout comprendre qu’une maison solide ne tient pas parce que ses habitants se sont énormément aimés le jour où ils en ont posé la première pierre.

Elle tient parce qu’ils continuent, au fil du temps, à prendre soin de ce qu’ils construisent.

À deux.

C’est peut-être pour cela que j’écris autant sur l’amour dans mes romans.

Pas seulement sur celui qui fait battre le cœur plus vite.
Sur celui qui nous confronte.
Celui qui révèle nos blessures.
Celui qui nous oblige parfois à déconstruire tout ce que nous pensions savoir sur nous-mêmes.

Celui qui ne nous sauve pas, mais qui peut devenir un formidable endroit pour apprendre à nous rencontrer vraiment.

Si toi aussi tu es beaucoup trop amoureuse de l’amour pour renoncer aux papillons, mais suffisamment cabossée par la vie pour savoir qu’ils ne font pas tout, je t’invite à découvrir La Thérapie par le Rire.

Parce qu’entre mes pages, l’amour n’est jamais parfait.

Il est humain.

Et c’est précisément pour cela que je continue d’y croire.

Dans le cadre de ma présence au Congrès « C’est quoi l’amour », découvrez une série d’article sur mon site internet

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