C'est quoi l'Amour
pour vous ? 2/3
Apprendre à réparer
Je crois davantage aux histoires dans lesquelles on apprend à réparer.
Celles où l’on peut se tromper sans que tout s’effondre.
Où reconnaître ses torts ne signifie pas perdre.
Où l’on peut entendre :
« Tu m’as fait mal » sans traduire immédiatement :
« Tu es quelqu’un de mauvais. »
Celles où l’on apprend à dire :
« J’ai peur » plutôt que de lancer une accusation.
« J’ai besoin de toi » plutôt que de créer un test impossible à réussir.
« Je ne suis pas d’accord » sans menacer de partir.
Et surtout : « Pardon » sans ajouter immédiatement un « mais ».
Le « mais » après les excuses est un petit mot fascinant.
Il réussit parfois à reprendre en trois lettres tout ce que l’on venait de donner.
L’amour appuie exactement
là où ça fait mal
Je crois aussi que l’amour nous confronte comme peu de choses dans la vie peuvent le faire.
Parce que personne ne possède autant de pouvoir que celui que nous aimons pour réveiller précisément ce qui nous fait peur.
Une absence devient abandon.
Un silence devient rejet.
Une distance inhabituelle réveille la peur de ne plus compter.
Un mensonge peut rouvrir toutes les trahisons.
Une soirée sans nous peut réveiller la question :
« Est-ce que je suis encore importante lorsque je ne suis pas là ? »
Et nous voilà parfois en train de vivre une émotion immense face à une situation qui, vue de l’extérieur, semble presque banale.
C’est là que commence pour moi le véritable travail amoureux.
Se demander : Qu’est-ce que l’autre vient réellement de faire ?
Et :
Qu’est-ce que cela vient réveiller en moi ?
Les deux ne s’annulent pas.
Parfois, l’autre nous blesse réellement.
Et notre histoire amplifie la douleur.
Parfois, il ne fait presque rien de problématique et pourtant une vieille blessure se réveille avec une intensité folle.
Il faut apprendre à distinguer.
Pas pour minimiser.
Pour comprendre.
Travailler sur soi ne signifie pas
tout accepter
Cette distinction est essentielle.
Parce que la connaissance de soi peut devenir un piège.
On peut finir par expliquer chaque souffrance par notre passé.
« C’est ma peur de l’abandon. »
« C’est mon manque de confiance. »
« Je dois lâcher prise. »
Peut-être.
Mais si quelqu’un ment régulièrement, ton problème n’est pas forcément uniquement ton manque de confiance.
S’il franchit systématiquement tes limites, le sujet n’est pas seulement ton enfance.
S’il te rabaisse, te manipule ou t’humilie, tu n’as pas nécessairement besoin d’une nouvelle séance de méditation.
Parfois, quelque chose est simplement inacceptable.
Déconstruire nos schémas ne signifie pas apprendre à tout supporter.
Au contraire.
Cela permet aussi de reconnaître plus clairement ce qui nous appartient.
Et ce qui ne nous appartient pas.
Cela nous apprend à poser des limites.
À partir parfois.
À ne plus confondre intensité et amour.
Dépendance et attachement.
Jalousie et preuve d’amour.
Sacrifice et engagement.
Fusion et intimité.
Parce que l’amour ne devrait jamais nous demander de disparaître pour que le couple puisse exister.
J’ai longtemps mis l’amour
au centre de tout
Cette partie-là, je la connais bien.
J’ai longtemps aimé immensément.
Donné immensément.
Ressenti immensément.
Lorsque j’aime, je ne suis pas exactement spécialisée dans la demi-mesure.
Et pendant longtemps, le couple pouvait devenir tellement important qu’il finissait parfois par prendre presque tout l’espace.
La personne aimée devenait mon refuge.
Mon projet.
Ma sécurité.
Mon point de repère.
Le problème, évidemment, c’est que lorsqu’une seule personne devient le centre d’un monde entier, le moindre mouvement de sa part ressemble à un tremblement de terre.
J’apprends encore aujourd’hui qu’aimer quelqu’un ne devrait jamais signifier me quitter moi-même.
Que deux personnes ne sont pas faites pour fusionner jusqu’à ne plus savoir où commence l’une et où finit l’autre.
Nous ne sommes pas censés devenir une seule personne.
Même si les chansons d’amour ont manifestement beaucoup insisté sur le concept.
Nous sommes deux.
Deux individus.
Deux histoires.
Deux corps.
Deux mondes.
Qui décident d’avoir aussi un monde commun.
Deux êtres entiers qui choisissent
de marcher côte à côte
Je crois aujourd’hui davantage à cette image.
Deux personnes qui avancent côte à côte.
Pas attachées l’une à l’autre au point de ne plus pouvoir respirer.
Pas suffisamment éloignées pour que le lien disparaisse.
À côté.
Avec leurs espaces.
Leurs rêves.
Leurs amis.
Leurs projets.
Leurs moments seuls.
Leurs silences.
Leur individualité.
Et entre elles, un endroit commun.
Un endroit qu’elles choisissent de construire.
De protéger.
D’entretenir.
De réparer lorsqu’il en a besoin.
Parce qu’une relation ne devrait pas être l’endroit où deux personnes abandonnent leur identité.
Elle devrait être l’endroit où elles peuvent être pleinement elles-mêmes et décider malgré tout de faire équipe.
Dans le cadre de ma présence au Congrès « C’est quoi l’amour », découvrez une série d’article sur mon site internet.
La suite, dans mon prochain article
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